Sickoakes – Seawards 

Posted: 30th décembre 2014 by admin in chroniques albums

Chaque album a ses images. Plus qu’une simple succession de notes, un disque doit pouvoir donner à voir à son auditeur en l’emmenant dans un monde créé de toutes pièces. Plus que tout autre genre, peut-être, le « post » (punk / rock / hardcore) doit être visuel. Pour un style qui cherche à s’affranchir des formats traditionnels, qui cherche à dépasser les standards, il est essentiel que la musique accompagne son auditeur au-delà des frontières grâce à son pouvoir de projection.
Toute musique qui manquerait de ce souffle épique ne peut que laisser froid, quels que soient les efforts déployés. Cependant, évidemment, l’auditeur a également sa part de responsabilité dans un tel ouvrage, qui doit se laisser immerger et être réceptif aux signaux envoyés par la musique.

« Seawards » est un premier album sorti en 2006. A chaque écoute, les mêmes images reviennent. Permettez-moi de vous raconter cet album le plus visuellement que je le peux. La musique parlera d’elle-même.

Imaginez une étendue de glace, à perte de vue. Juste la banquise. Malgré sa froideur, le panorama est à voir, à l’aube. Une tâche sur cette nappe de glace : peut-être la tente d’un scientifique perdu, en mission. Qui d’autre pourrait s’aventurer sur cette plaine que même les animaux ont désertée ? Il n’y a ici aucun signe de vie. On peut cependant entendre, en dressant l’oreille, des signaux télégraphiques. Mirage auditif ? Echo lointain ? Le jour se lève, le temps pour les premiers nuages de venir recouvrir le ciel. Rapprochons-nous de la tente. A l’intérieur, personne. Un écran diffuse en boucle une vieille cassette où un homme parle seul, semble délirer, comme fou. Entendez son rire glacial ! Puis la tempête se lève – le morceau de bravoure, montant jusqu’à l’explosion, jusqu’à faire perdre tout repère avant que la nature ne s’apaise, le soir venant. Il ne reste alors de cette tente que des morceaux d’étoffes épars et l’écho d’un signal télégraphique désespéré et vide. Puis le calme, la nuit, enfin. Aucune trace de la journée. Une autre peut commencer.

Voilà ce qu’est Sickoakes qui force le respect par sa force d’immersion au travers de ses nappes électriques, ses boucles entêtantes, son saxophone jazzy et ses samples inquiétants. Impressionnant pour un premier album qui transporte son auditeur de manière éprouvante. Le disque est complexe, regorge de subtilités dans sa rythmique et ses arrangements. Difficile de passer à côté si vous êtes amateur de post-rock. Cet album se laisse voir les yeux grands fermés.

une petit morceau du groupe pour avoir une idée du truc :

 

 

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