We Made God – As We Sleep

Posted: 18th juillet 2016 by admin in chroniques albums

A l’entrée de chaque nouvelle année, l’auditeur fait ses prévisions, attend ses albums, espère de gros noms. Histoire de se rassurer sur la qualité musicale des mois à venir. Puis, il y a toutes les autres sorties. Celles que l’on n’attend pas mais qui vous marquent à l’heure de faire les comptes. Celles qui vont mettre une touche d’intensité inattendue dans un calendrier depuis longtemps bouclé. We made God, nouvelle pépite venue d’Islande, est de celles-ci et livre au reste du monde un premier album maîtrisé de bout en bout, As We Sleep.

« Gizmo » débute comme une rêverie. Les premières notes s’égrènent, innocemment portées par une batterie planante et quelques chœurs lointains. Une ambiance quasi céleste, en trompe l’œil, cependant. Le morceau gagne en puissance, la clarté des guitares fait rapidement place à une douce et profonde saturation qui reste encore timide mais vient perturber l’équilibre qui s’était instauré. Vient alors le premier déchainement, comme une ébauche, dans la lignée des barons du genre (Isis en tête, et assez bien rendu dans les jeux videos musicaux ). Ce n’est visiblement pas assez. Cette première montée, efficace certes, a tout de la pièce post-rock classique et retombe dans les songes qui ont accompagné la mélodie initiale. Le morceau qui suit, « Bathwater », sans doute le meilleur de l’album, commence en urgence, le rythme se fait plus rapide, les chœurs clairs en écho se transforment rapidement en cris sauvages, les instruments jouent à pleine puissance. La double pédale fonctionne à plein, les guitares crachent, les deux voix s’entremêlent, faisant alors vaciller l’auditeur. Le point de rupture est à cet instant précis, à cette minute trente, présentant alors une toute autre facette de l’album qui oscillera constamment entre profondeur des instruments et bestialité des riffs.

As We Sleep marche sur un fil, partagé entre ses réverbérations chaleureuses et ses distorsions hargneuses pleines de colère, à l’image d’un chant qui se fait tour à tour plaintif, aérien puis rancunier et rageur. Impossible, sur certains passages, de ne pas penser au Leitmotif de Dredg (autre premier album étonnant de maturité soit dit en passant) dans la manière dont virevoltent les mélodies, montées éphémères, avant de retomber lourdement et renier cette fausse tranquillité sans craindre de s’enfoncer encore plus ; l’emballant final de « Sub Rosa » où les instruments, martyrisés, semblent condamnés à craquer en témoigne.

Malgré une production un peu faible à certains moments qui ne rend pas forcément toujours justice à l’intensité des morceaux et donne un peu trop l’impression d’étouffer le son, We Made God impressionne définitivement pour un premier album. La chanson cachée, entièrement instrumentale, qui clôture l’album, montre suffisamment de maîtrise pour rassurer quant au potentiel du groupe. En espérant que la confirmation arrive rapidement.

 

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