Cradle of Filth -black metal made in England

Posted: 11th octobre 2017 by admin in chroniques albums

ici le black metal, apparu en Norvège au début des années 90, c’est pas vraiment notre truc. Le corpse paint (maquillage cadavérique), les voix gutturales, l’univers glauque et macabre qui caractérisent ce style musical sont à mille lieux de notre vision du rock’n'roll et de notre état d’esprit. Cela ne nous a pas empêché, avec le professionnalisme qui nous caractérise, d’interviewer Paul Allender, guitariste en chef du groupe anglais Cradle of Filth.

J’entends déjà les black metalleux les plus intransigeants me rétorquer dans un beuglement de rigueur, et avant que je n’ai eu le temps de dégainer mes boules Quiès : « Whooooooooo, Cradle c’est pas du black metaaaaaaal !!! » Car depuis le succès commercial de Dusk And Her Embrace (1996), l’appartenance du groupe au genre fait débat. Dany Filth (le chanteur) et sa bande se voient notamment reprochés des productions grand-guignolesques s’éloignant du black metal originel, une notoriété et une exposition médiatique qui les placent à part d’un mouvement qui entend bien rester underground.

Trop mainstream et pas assez authentiques.

De tout cela, le groupe n’en a cure. Au fil des ans, Cradle of Filth a concocté un black metal symphonique flirtant avec le heavy et le trash, ajoutant ici et là des violons, des chœurs féminins et des nappes de synthé. Ils se sont fait une spécialité du concept album axé autour d’un personnage unique, puisant leur inspiration dans la littérature gothique, la mythologie, les films d’horreur, et surtout le mythe des vampires. Ma connaissance du monde vampirique se limitant essentiellement à ce chef d’œuvre du cinéma franchouillard intitulé « Les Charlots Contre Dracula » (là, je m’adresse aux cinéphiles), c’est avec LounaCama, férue de films de vampires et de la série True Blood (et aussi à ses heures perdues de gros metal qui envoi de la buchette), que je suis parti à la rencontre de Paul Allender. Interview sans fards et sans maquillage avec un guitariste jovial et disponible malgré un solide rhume.

Le groupe a toujours aimé rendre hommage à des collègues à travers des reprises, compilées pour la plupart sur le Garage Inc.

I just want to celebrate de Rare Earth, Please don’t Judas me de Nazareth, Only happy when it rains de Garbage et Brothers in arms de Dire Straits ont été balancés d’un bloc au public incrédule.

Les reprises de Garbage et de Nazareth sont absolument géniales, revisitées avec les choeurs de Kirk et Rob.

Le groupe a ensuite livré Disposable Heroes avant LA tuerie : All within my hands joué pour la première fois en live. Ce morceau est déja monstrueux sur St.Anger avec un Hetfield qui livre une prestation au chant avec différents degrés de voix, exercice de schizophrénie. En accoustique, le morceau devient épique, quasi filmique, avant de basculer dans le groove. Le show du 27 a été conclu par Turn the page et l’incontournable Nothing else matters.

Le 28, le groupe a joué la même setlist à l’exception de deux changements : Veteran of the psychic wars de Blue Oyster Cult a remplacé Only happy when it rains et The Unforgiven a remplacé Turn the page. Le 28, le show a été aussi intense que la veille, le groupe étant un modèle à suivre en matière de régularité dans les prestations. Metallica a déjà sorti un album de covers et un live symphonique.

Après de pareilles prestations, on se met à rêver d’un Unplugged, un vrai. Avec le repertoire revisité et des covers dépoussiérées. Et des guests de la mort qui tue: Lemmy, Mustaine, Pepper, Claypool… Marianne Faithfull ?! On a beau essayer de vouloir les enterrer, Metallica est encore en train de surnager dans le panorama musical. Les premières rumeurs web susurrent le nom Not Dead pour le prochain album… A quoi bon ?

 

Les 27 et 28 octobre derniers a eu lieu la XXIème édition des Bridge School Benefit, événement créé à l’initiative de Neil Young et ayant pour but de récolter des fonds pour les enfants handicapés physiquement et mentalement.

Depuis plus de vingt ans, une pléiade d’artistes se regroupe chaque année pour livrer, fait rare, une performance accoustique. De Pearl Jam à Tom Waits en passant par REM ou Tracy Chapman, les plus grands ont participé à l’événement. Il aura fallu attendre 10 ans pour que Metallica revienne.

Les fans du groupe ont compris depuis longtemps qu’il fallait faire preuve de patience avec le groupe de San Francisco, partisan des albums fait en 4 ans et des tournées gigantesques. On n’avait donc pas revu Metallica au Bridge depuis 1997 et la sortie de Reload. Lorsque l’on écoute la prestation live des 27 et 28, on espère juste que les four horsemen n’attendront pas 10 ans avant de revenir parce que même si le groupe est avant tout une formidable machine métal live, il faut bien avouer que l’accoustique leur va également à la perfection. Hetfield, la sèche à la main, est un géant.

Il n’a jamais caché sa grande admiration pour Cash, le blues et la country. Avec Mama said sur Load, le groupe s’y était même frotté essuyant de vives critiques pour, oh comble de l’hérésie, innover. En vieillissant, le timbre de voix d’Hetfield se fait de plus en plus rugueux et usé et se prête de plus en plus à des prestations feutrées accoustiques.

Quelle voix mes amis ! Et que dire de cette rythmique qui renaît de ses cendres grâce à un bassiste désormais plus funky ! Le 27, Metallica a décidé de commencer sa prestation live de la façon la plus surprenante avec 4 covers inédites.

TOOL en concert – suite

Posted: 6th janvier 2017 by admin in hard-core

TOOL en concert : Ce serait comme se détacher du mur du son. Comme partir vers un Ailleurs peuplé d’humanoïdes étranges, de symboles ésotériques, d’extra-terrestre et d’extra-sensoriel. C’est oublié le général et passer directement à l’essentiel. Glisser doucement vers des fréquences intimes et mystiques. Cathartique, émotionnel, pur, déboussolant, extatique. Un recentrage personnel en franchissant une porte, un point énergétique situé au dessus de soi. Une ouverture de chakra.

Voir Tool en live est une expérience si particulière, une libération certaine. Ils nous envoient du son, des couleurs, des images, de l’âme. Des jeux de lumière sublimes et des lasers hypnotiques. Mention spéciale aux morceaux Wings for Mary et 10,000 Days, pendant lesquels les balayages de faisceaux verts recréent une nappe de nuages et de fractales, tels des fantômes sereins surplombant nos crânes. On chante à l’unisson les yeux braqués sur ce ciel irréel, pour une longue prière emplie de profondeur. Ils sont rares ces moments où l’esprit se détache de tout sauf de cette ambiance, de cet instant précis, sans que rien d’autre ne compte. La Terre pourrait se dérober, on n’en aurait pas conscience, emporté par ce concentré d’univers. L’important est devant nous, sur la scène. L’important est en nous, résonnant dans nos oreilles. L’important c’est le vibrato d’émotion absolue, partout autour de nous.

Ce concert sonne un dépassement de soi, si tant est qu’on soit suffisamment réceptif et concentré. Tout est question d’adéquation. J’étais en adéquation et je vous parle des brumes de cette union.

Tool en concert

Posted: 1st octobre 2016 by admin in hard-core

Un de mes groupes préférés depuis le début des années 90, lancés par Henry ROLLINS qui a l’époque sortit son album le plus abouti : tearing .
Il faut lire l’Apocalypse de Saint Jean. Notamment le passage sur les quatre cavaliers « Il leur fut donné pouvoir sur le quart de la terre, pour occire par le glaive, la famine et la peste, et par les fauves. » Les quatre cavaliers du son qui ont foulé les planches du Zénith un dimanche 10 décembre 2006 ne sont pas loin d’être dotés des mêmes attributs. Tool est un groupe qui vous plonge en transe, qui vous tient, vous travaille, vous hante et vous change à tout jamais. Un fléau musical.
Ce fut une nuit magique mes amis. Schism. Swamp Song. Wings for Marie/10000 days. Lateralus. Aenema. Anthologique. Magnifique. Paranormal. Subliminal. Plus près du coeur, plus près des étoiles. Aucun autre groupe n’atteint ce firmament sonore. Au plaisir de les revoir.

Tool à Paris

Qu’il est difficile de décrire ce que l’on a ressenti lors d’un concert de Tool.
On a peur de ne pas trouver les mots qui rendront justice au festival émotionnel que l’on a vécu. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une apocalypse/apothéose visuelle et sonore dont on ne sort pas intact. Pour tout vous dire, c’était mon second concert de Tool après celui de Nantes le vendredi 8. Voir plusieurs fois un même groupe dans un laps de temps si court à une vertu majeure : on ne redescend pas pendant 48 heures. On sait à quoi on a goûté, on en redemande et on va en avoir. Pendant le show, j’ai comparé ça au sexe. Beaucoup de plaisir la première fois mais ça passe trop vite et on voudrait recommencer le plus vite possible (quand ça se passe bien). Je ne saurais trouver de meilleure comparaison.
Le concert parisien a eu ceci de particulier que nous avons eu la chance de voir Justin Chancelor et Adam Jones de très près. Oui, parfois ça fait du bien de redevenir un fan boy !
A tel point que je n’ai pas vu grand-chose du show d’Entronaut qui avait pourtant l’air intéressant. Je passerais aussi très vite sur Mastodon, réglé bien trop fort comme sur toutes les dates de la tournée manifestement et finalement assez plat sur scène.
Alors, oui, Tool ne fait plus des shows de 2h30 comme à l’époque de Lateralus mais quelle intensité et quelle tracklist ! Après une folle introduction tryptique Stinkfist/46&2/Jambi, Tool nous assène un Schism d’anthologie. Je n’avais curieusement pas bien accroché sur Lost Keys / Rosetta stoned l’avant-veille mais ce soir c’est bien autre chose. Joli trip mâtiné d’extra-terrestres et de zone 51. Swamp Song a représenté pour moi une sorte d’interlude avant LE grand moment de cette soirée : Wings For Marie/10 000 Days. Le temps s’est alors arrêté.
Les visuels exceptionnels jusque là ont alors pris une tournure phénoménale avec l’apparition des lasers, d’abord simples puis en faisceaux. Un véritable instant de grâce pour ma part. Une prière. Lateralus m’a sorti de cette torpeur bienheureuse pour transformer mon état en transe chamanique que n’ont fait qu’embellir Vicarious et enfin cette Aenema tant désirée et non jouée à Nantes.
Une grande, très grande soirée.

We Made God – As We Sleep

Posted: 18th juillet 2016 by admin in chroniques albums

A l’entrée de chaque nouvelle année, l’auditeur fait ses prévisions, attend ses albums, espère de gros noms. Histoire de se rassurer sur la qualité musicale des mois à venir. Puis, il y a toutes les autres sorties. Celles que l’on n’attend pas mais qui vous marquent à l’heure de faire les comptes. Celles qui vont mettre une touche d’intensité inattendue dans un calendrier depuis longtemps bouclé. We made God, nouvelle pépite venue d’Islande, est de celles-ci et livre au reste du monde un premier album maîtrisé de bout en bout, As We Sleep.

« Gizmo » débute comme une rêverie. Les premières notes s’égrènent, innocemment portées par une batterie planante et quelques chœurs lointains. Une ambiance quasi céleste, en trompe l’œil, cependant. Le morceau gagne en puissance, la clarté des guitares fait rapidement place à une douce et profonde saturation qui reste encore timide mais vient perturber l’équilibre qui s’était instauré. Vient alors le premier déchainement, comme une ébauche, dans la lignée des barons du genre (Isis en tête, et assez bien rendu dans les jeux videos musicaux ). Ce n’est visiblement pas assez. Cette première montée, efficace certes, a tout de la pièce post-rock classique et retombe dans les songes qui ont accompagné la mélodie initiale. Le morceau qui suit, « Bathwater », sans doute le meilleur de l’album, commence en urgence, le rythme se fait plus rapide, les chœurs clairs en écho se transforment rapidement en cris sauvages, les instruments jouent à pleine puissance. La double pédale fonctionne à plein, les guitares crachent, les deux voix s’entremêlent, faisant alors vaciller l’auditeur. Le point de rupture est à cet instant précis, à cette minute trente, présentant alors une toute autre facette de l’album qui oscillera constamment entre profondeur des instruments et bestialité des riffs.

As We Sleep marche sur un fil, partagé entre ses réverbérations chaleureuses et ses distorsions hargneuses pleines de colère, à l’image d’un chant qui se fait tour à tour plaintif, aérien puis rancunier et rageur. Impossible, sur certains passages, de ne pas penser au Leitmotif de Dredg (autre premier album étonnant de maturité soit dit en passant) dans la manière dont virevoltent les mélodies, montées éphémères, avant de retomber lourdement et renier cette fausse tranquillité sans craindre de s’enfoncer encore plus ; l’emballant final de « Sub Rosa » où les instruments, martyrisés, semblent condamnés à craquer en témoigne.

Malgré une production un peu faible à certains moments qui ne rend pas forcément toujours justice à l’intensité des morceaux et donne un peu trop l’impression d’étouffer le son, We Made God impressionne définitivement pour un premier album. La chanson cachée, entièrement instrumentale, qui clôture l’album, montre suffisamment de maîtrise pour rassurer quant au potentiel du groupe. En espérant que la confirmation arrive rapidement.